Ni prison, ni patron

Le SITT-IWW dénonce fermement la situation dans les prisons du Québec, en particulier les récentes actions des agent·es correctionnel·es. Le 3 décembre dernier, alors que les conditions de détention étaient déjà dramatiques, ces agent·es ont de nouveau abusé de leur pouvoir en prenant des milliers de personnes incarcérées en otage, sous prétexte de “solidarité” envers un collègue blessé lors d’une altercation. Cet incident isolé à l’Établissement de détention de Sorel-Tracy a été utilisé comme un prétexte pour imposer un lockdown simultané dans toutes les prisons du Québec, enfermant tous·tes les personnes incarcérées dans leurs cellules, sans aucune considération pour leur sécurité, leur santé mentale ou leurs droits fondamentaux.

Les conditions de vie des personnes incarcérées sont déjà catastrophiques : surpopulation, manque de soins adaptés, violences physiques et psychologiques. Plutôt que de chercher à améliorer ces conditions, ce qui améliorerait aussi leurs propres conditions de travail, les syndicats des agent·es correctionnel·es ont choisi de punir collectivement tous·tes les personnes incarcérées pour un acte isolé. Ce n’est pas de la solidarité. Ce qu’on nous présente comme une “grève” n’est en réalité qu’une violence supplémentaire infligée à des personnes déjà marginalisées, une violence qui soutient et renforce un ordre social injuste, fondé sur l’enfermement, la punition et la soumission. C’est une violence de classe qui écrase les individus pour préserver les privilèges d’une élite capitaliste.

Contrairement à une grève qui préserverait des services minimums pour ne pas nuire à la population, les gardien·nes de prison n’ont aucune considération pour les personnes incarcérées. Si cela se produisait dans n’importe quel autre secteur, la société entière se soulèverait. Imaginez des infirmier·ères en grève, refusant de soigner des patient·es et les enfermant dans leurs chambres pour faire pression sur le gouvernement, la dénonciation serait immédiate et des sanctions seraient exigées. Mais dans les prisons, cette pratique est non seulement tolérée, mais considérée comme un moyen de pression légitime. Pire encore, ces syndicats ont fermé l’accès aux tribunaux et retardé les demandes de libération des personnes incarcéré.es, utilisant cette entrave comme un moyen de pression. En agissant ainsi, iels sabotent toute possibilité pour les personnes incarcérées de faire valoir leurs droits, de se défendre ou de contester leur enfermement. Ce faisant, iels ne font qu’aggraver leur isolement et leur souffrance. Les personnes incarcérées sont déshumanisé·es, leurs droits écrasés sous le poids de l’impunité carcérale.

Les soi-disant « grévistes » des prisons ne sont pas des « travailleur·ses » au sens où l’entend l’IWW. Iels sont les rouages d’un système répressif, déshumanisant et humiliant. Leur rôle n’est pas de servir la société, mais de maintenir un appareil de contrôle et d’oppression. Les syndicats des gardien·nes (comme ceux de la police) défendent uniquement leurs propres intérêts, jamais ceux des personnes incarcérées, ni de la société dans son ensemble. Ils ne participent pas à un échange de services bénéfiques, mais au maintien d’un ordre de classe inégalitaire, où l’enfermement et la punition sont des instruments de domination capitaliste. Ces syndicats ne servent que les intérêts d’une élite qui profite d’un ordre social profondément injuste.

Cet acte n’est ni une grève, ni une forme de lutte pour des conditions de travail dignes. C’est une extension de l’oppression subie quotidiennement par les personnes incarcérées. La position du SITT-IWW à ce sujet est claire : il faut en finir avec ce système qui sacrifie les droits et la dignité des individus pour maintenir un ordre de classe basé sur l’enfermement et la punition. Les policiers et les gardien·nes de prison ne sont pas des travailleur·ses, au contraire, iels sont l’ennemi des travailleur·ses. Pour abolir le salariat et bâtir un monde fondé sur l’autogestion des moyens de production, nous devons d’abord abolir la police et les prisons. Tant que ces instruments d’oppression existeront, ils perpétueront un ordre social fondé sur l’exploitation, la soumission et l’injustice.

L’IWW ne se contente pas de dénoncer les conditions de détention inhumaines et les abus des agent·es correctionnel·es, nous agissons concrètement pour organiser les personnes incarcérées dans leur lutte contre ce système répressif. À travers le Incarcerated Workers Organizing Committee (IWOC) / Comité d’organisation des travailleurs incarcérés, nous menons des actions concrètes pour soutenir les personnes incarcérées dans leurs combats, comme la distribution de matériel éducatif, l’établissement de réseaux de solidarité au sein des prisons et l’organisation de campagnes de sensibilisation. L’IWOC joue un rôle essentiel en fournissant aux personnes incarcérées des outils pour s’organiser, revendiquer leurs droits et dénoncer la violence systématique du système carcéral. Ces campagnes ont également pour objectif de promouvoir des alternatives à l’enfermement, de mettre en lumière l’oppression vécue par les personnes incarcérées et de pousser à une transformation radicale du système pénal. Nous sommes convaincu·es que l’abolition du salariat et des prisons est un objectif commun, qui nécessite une solidarité active et un soutien indéfectible, au-delà des murs des prisons.

Les prisons comme instruments d’oppression

Les prisons ne sont pas seulement un outil de répression pour les classes populaires, elles sont également un instrument d’oppression systématique pour les groupes déjà marginalisés : les personnes trans, les travailleur·ses du sexe, les migrant·es, les femmes, ainsi que les peuples autochtones et les personnes racisées. Le SITT-IWW dénonce explicitement cette dimension  qui punit plus durement ces groupes.

Les personnes trans subissent une violence particulière dans les prisons, notamment des agressions physiques et psychologiques ainsi que des discriminations systématiques de la part des autorités carcérales, ce qui rend leur détention particulièrement insupportable. Les prisons deviennent ainsi des espaces où leur dignité est systématiquement niée, dans un contexte de violence et d’humiliation spécifiquement transphobe.

Pour les travailleur·ses du sexe, la criminalisation et la violence policière les exposent à un danger constant, renforçant une répression putophobe qui détruit leur sécurité et leur vie. L’État utilise le contrôle des corps et des sexualités pour maintenir des structures patriarcales et sexistes de domination, où la répression des travailleur·ses du sexe devient un moyen de renforcer les normes patriarcales de moralité et de pouvoir.

La judiciarisation des personnes migrantes et racisées, souvent incarcérées dans l’attente de leur expulsion, fait partie intégrante d’un système raciste et colonial qui les prive de leurs droits et de leur dignité. Les peuples autochtones, quant à eux, sont surreprésentés dans les prisons en raison d’une longue histoire de colonisation et d’expropriation, une répression qui s’inscrit dans un système perpétuant les inégalités raciales et coloniales. Ce processus de criminalisation des populations autochtones et racisées vise à maintenir leur contrôle dans une logique de domination.

Les prisons deviennent ainsi des instruments de violence ciblant spécifiquement les personnes qui défient les structures patriarcales, racistes, transphobes et coloniales de notre société. Elles jouent un rôle central dans le maintien d’un ordre social profondément injuste, où les peuples racisés et autochtones, les femmes, les personnes trans et les travailleur·ses du sexe sont systématiquement marginalisé·es, criminalisé·es et déshumanisé·es. L’abolition de ce système répressif et de toutes ces formes de violence est essentielle pour construire un monde plus juste et égalitaire.

Il est grand temps de cesser de considérer la prison comme une solution à nos problèmes sociaux, elle ne fait que produire souffrance et injustice. Ce ne sont pas les personnes incarcérées qui en sont responsables, mais un système qui se nourrit de leur exploitation. La grève des gardien·nes de prison qui a puni collectivement tous·tes les personnes incarcérées sous prétexte de solidarité, en est un exemple flagrant. Elle n’est qu’une extension de l’oppression systémique subie par des communautés déjà vulnérables. Au lieu de renforcer la sécurité dans les prisons, nous devons abolir ce système répressif, redonner aux personnes incarcérées leur humanité et mettre fin à la violence institutionnelle. Un changement radical est nécessaire, et cela passe par l’abolition du salariat, des prisons et de la police. Le SITT-IWW dénonce ces pratiques et continue de lutter pour un monde plus juste, où la dignité et les droits de toutes et tous sont respectés.

Pour l’abolition des prisons et en solidarité avec tous·tes les personnes incarcérées,

Le SITT-IWW

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