Une seule solution : la grève sociale

Il suffit de suivre, même distraitement, l’actualité pour constater que l’austérité fait un retour en force dans les politiques de la CAQ. Déjà en 2012, François Legault a cassé du sucre sur «  les groupes de pression ». En 2015, lors de l’austérité libérale sous Couillard, la CAQ de François Legault demandait encore plus de restrictions budgétaires. « Un peu plus à droite, mon Bob! »

Depuis que la CAQ a dégringolé dans les sondages, c’est avec l’énergie du désespoir que le gouvernement Legault multiplie les projets de loi, décrets et mesures qui attaquent le socle d’une société un moindrement juste : nos services publics. 

Quand la CAQ n’exerce pas de déni de démocratie en gouvernant par bâillon, elle coupe dans les CPE, du primaire à l’université en éducation, avec Santé Québec, où les bris de services ne cessent d’exploser aux quatre coins de la province, et dans le communautaire, où les subventions sont déjà faméliques. Bref, la CAQ s’attaque à ce qui nous garantit des conditions de vie acceptables pour l’ensemble de la population. Sans parler des obstacles que met en place le gouvernement Legault pour restreindre nos droits de contester ses politiques violentes et arbitraires. Un projet de constitution aux relents autoritaires ou les attaques visant à restreindre les pouvoirs syndicaux, comme le droit de grève ou l’utilisation des cotisations syndicales à des visées sociales, n’en sont qu’un exemple. 

Devant cet état de fait, nous devons nous poser cette question : que faire pour mettre fin à cette agression? 

Devant une telle violence, autant institutionnelle que démocratique, nous pensons qu’une seule réponse est susceptible de freiner l’élan autoritaire : bâtir un mouvement populaire et contestataire qui appelle à la grève sociale! Un mouvement où peuvent se côtoyer revendication, dénonciation et action concrète qui peuvent mettre à mal les plans d’austérité de Legault, mais aussi envoyer un avertissement au prochain gouvernement : plus aucun compromis ne sera toléré. 

Déjà dans certaines instances syndicales, des discussions et débats ont lieu, jusque dans les plus hautes sphères, car une partie de la base du mouvement syndical leur met de la pression pour appeler à une grève sociale. 

Nous vous invitons donc à proposer l’adoption de mandats de moyens de pression allant jusqu’à la grève sociale dans votre syndicat, votre association étudiante ou votre organisme communautaire. Ça suffit, le mépris!

Vous trouverez ci-bas quelques sections spécifiques : 

  1. Un exemple de proposition à apporter en assemblée syndicale pour voter sur l’adoption de moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève sociale.
  2. Une brève rétrospective sur les politiques néolibérales.
  3. Une petite histoire de l’austérité à la sauce caquiste.
  4. Les reculs syndicaux que nous voyons. 
  5. Pourquoi faire la grève?
  6. Faire front : le communautaire s’éveille et commence à grogner. 
  7. Vers la grève sociale

1) Proposition pour un mandat d’adoption de moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève sociale

Voici un exemple de proposition que vous pouvez apporter dans vos instances syndicales (voire étudiantes ou communautaires) et adapter selon la réalité de votre milieu. 

Considérant les attaques du gouvernement de la CAQ envers les travailleuses et les travailleurs;  

Considérant que le droit d’association, le droit de grève, le droit à l’éducation, à la santé, au logement ainsi que la liberté d’expression sont reconnus dans les différentes chartes;  

Considérant que la solidarité syndicale est nécessaire pour faire face aux conséquences possibles de l’application des dispositions de la loi 14 (PL 89) à un syndicat en grève;  

Considérant qu’une attaque envers un syndicat en grève est une attaque envers l’ensemble du mouvement syndical;  

Considérant la nécessité d’organiser une mobilisation large et solidaire pour contrer les attaques aux droits menées par le gouvernement;  

Il est proposé que [nom de votre syndicat] : 

  • dénonce haut et fort l’adoption de la loi 14 (PL 89) ainsi que l’ensemble des mesures antisyndicales prises par le gouvernement du Québec, de même que ses attaques aux droits économiques, sociaux et politiques de la population;  
  • appuie, financièrement ou par la mobilisation, les syndicats en grève qui se verront imposer un retour au travail forcé ou un arbitrage de règlement en vertu de la loi 14 (PL 89);  
  • entame une escalade des moyens de pression pouvant mener jusqu’à la grève sociale déclenchée au moment opportun.

2) Rétrospective

Suivant l’élan du mouvement ouvrier des années 1950 à 1970, l’appareil patronal et les différents gouvernements qui se sont succédés ont tenté de démanteler les leviers et les acquis syndicaux qui ont rendu nos vies plus agréables. Ces acquis constituent notre filet social. Dès les années 1980, les gouvernements ont mis en place des politiques néolibérales reposant sur l’idée que le secteur privé serait plus efficace que l’État pour gérer les ressources et les services. Ces politiques se sont traduites par la privatisation des services publics, la réduction des dépenses sociales, la déréglementation des marchés financiers et la promotion de la concurrence. Cette vision économique a culminé avec l’obsession du déficit zéro. Voilà donc 45 ans de stratégie patronale visant à nous déposséder de nos acquis.

Dès lors, nous assistons à une destruction tranquille de nos services publics et à un recul de nos droits. Ce phénomène s’inscrit dans ce que l’on peut qualifier de cycle de l’austérité. En général, le parti au pouvoir commence son mandat avec un surplus budgétaire. Avant même son arrivée en poste, il promet des baisses d’impôts et accorde des allégements fiscaux aux entreprises et aux plus fortunés.

Par la suite, les budgets sont réduits de manière drastique, tandis que le gouvernement affirme vouloir maintenir les services. Il n’en est rien. S’ensuit un dysfonctionnement généralisé des services. L’État sabote progressivement le régime public jusqu’à le rendre non fonctionnel. Le privé occupe alors une place croissante, censé « pallier » les « problèmes ». Résultat : les fonds autrefois destinés aux employés de l’État sont transférés, peu à peu, vers le secteur privé.

C’est dans ce contexte que surgissent les conflits d’intérêts et les magouilles, nourris par l’influence croissante du privé dans les affaires publiques. Lorsque les décisions gouvernementales sont dictées par des intérêts économiques, la transparence et l’équité sont bousculées au passage. Rappelons-nous la Commission Charbonneau, et plus récemment, la Commission Galland, qui ont mis en lumière les dérives possibles lorsque le privé s’immisce dans la gestion publique. Les conclusions de la commission Charbonneau étaient claires : l’expertise interne est un rempart efficace contre la collusion. Les partenariats public-privé (PPP) : un dangereux manque de transparence qui mène à la collusion et la corruption. 

Qui plus est, l’État réduit ses revenus et augmente ses dépenses. L’État creuse donc un déficit des finances publiques. Pour renflouer ses coffres, il impose des compressions budgétaires, procède à des mises à pied, et sous-finance les services publics. 

3) Petite histoire de l’austérité à la sauce caquiste

Avant la Coalition Avenir Québec (CAQ), il faut se rappeler que le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ), lorsqu’ils étaient au pouvoir, ont eux aussi eu recours à des politiques d’austérité. On n’a qu’à penser à la période du « déficit zéro » sous le gouvernement de Lucien Bouchard au PQ, ou plus récemment à l’austérité imposée par le PLQ sous Philippe Couillard.

En 2018, la Coalition Avenir Québec (CAQ) est arrivée au pouvoir avec un surplus de 2,6 milliards de dollars pour l’exercice 2017-2018. Après plusieurs années de surplus et la pandémie, le gouvernement a réduit ses revenus et dilapidé les fonds publics en les transférant vers le privé. Voici quelques exemples (liste non exhaustive) :

  • 2022 : Distribution d’un chèque de 500 $ à toute personne gagnant 100 000 $ ou moins, pour un coût total de 3,2 milliards de dollars.
  • 2023 : Baisse d’impôts entraînant une perte de 1,8 milliard de dollars en revenus.
  • 2023 : Annonce d’un investissement de 1,34 milliard de dollars pour le projet NorthVolt. Après l’échec du projet, en septembre 2025, le gouvernement met fin à sa participation, avec des pertes estimées à 270 millions de dollars.
  • 2024 : Depuis 2009, les gouvernements québécois ont versé plusieurs millions à Lion Électrique. En raison des difficultés de l’entreprise, environ 130 millions de dollars sont désormais à risque.
  • 2025 : En mars, la vérificatrice générale révèle que le gouvernement aurait investi près de 1,1 milliard de dollars dans le projet SAAQClic, marqué par de nombreux ratés.

Depuis 2024, une série de mesures austères a été annoncée par le gouvernement à Québec. Des compressions majeures ont touché plusieurs secteurs. Le gouvernement prévoyait notamment de récupérer 1,5 milliard de dollars dans le secteur de la santé.

En 2025, les mesures s’intensifient : 570 millions de dollars de coupes en éducation primaire et secondaire, 151 millions dans les cégeps, sans compter le plafonnement des heures et le gel des embauches, qui ont entraîné la disparition de 3 000 postes en un an. Et ce n’est pas fini…

Le gouvernement affirme ne pas avoir les moyens d’offrir un financement adéquatement et coupe dans les services publics. Pourtant, le gouvernement s’est privé de milliards de dollars en revenus, tout en multipliant les transferts vers le secteur privé et au détriment des services publics et de la population.

4) Recul des droits syndicaux et collectifs

En parallèle de ces coupures, le gouvernement de la CAQ vise à limiter les droits des personnes syndiquées. 

En début d’année, le ministre du Travail, Jean Boulet, s’est inspiré des interventions récentes du gouvernement fédéral qui a imposé l’arbitrage obligatoire pour empêcher les travailleurs et travailleuses du rail, des postes et des ports d’exercer leur droit de grève pour déposer le projet de loi n° 89, intitulé Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out. L’objectif de cette loi est de doter le gouvernement du Québec de pouvoirs équivalents à ceux du gouvernement fédéral, afin de restreindre le droit de grève et d’imposer une obligation de services essentiels aux travailleurs et travailleuses de tous les secteurs de l’économie. La loi 14 a été adoptée en mai 2025 et entrera en vigueur au plus tard le 30 novembre 2025.

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement, via le perfide Jean Boulet, a décidé de s’attaquer aux syndicats en s’immisçant dans leur processus démocratique et dans la gestion de leurs cotisations, en rendant certaines d’entre elles facultatives avec le projet de loi 3. 

Sans compter le projet d’une constitution québécoise dont « l’article 5 […] vise à interdire à tout organisme qui reçoit des fonds publics de contester une loi devant les tribunaux ». Sans oublier leur volonté de constitutionnaliser le racisme d’État en imposant une obligation à toute nouvelle loi de se conformer à la loi sur la laïcité et le modèle de nation québécoise.

Ces différentes attaques viennent fragiliser notre rapport de force face aux employeurs (dont l’État) et limiter le droit de grève, mais aussi nos droits collectifs et individuels plus largement.

5) Pourquoi faire la grève ?

Avec l’avènement du capitalisme et de la révolution industrielle, les nouvelles usines ont besoin de personnes ouvrières pour fonctionner. Les conditions de travail sont pénibles et les salaires très bas. Les personnes salariées doivent souvent travailler plus d’une dizaine d’heures par jour, six jours par semaine. Les classes bourgeoises, propriétaires de ces usines, exploitent leur force de travail pour générer des profits.

Pour améliorer leurs conditions de travail, les personnes ouvrières commencent à s’organiser et fondent les premiers syndicats. C’est à cette époque que les premières grèves voient le jour. Pour rappel, la grève est un arrêt de travail concerté visant à revendiquer de meilleures conditions de travail. À l’origine, les personnes salariées ne demandaient pas la permission aux patrons pour faire grève, elles la déclenchaient simplement.

L’une des grèves les plus marquantes a même donné naissance à la journée du 1er mai. En mai 1886, le mouvement ouvrier aux États-Unis s’organise et lance un appel à une grève générale pour le 1er mai, revendiquant la journée de huit heures. Environ 340 000 personnes se mobilisent à travers le pays. Après plusieurs jours de mobilisation, une émeute éclate à Chicago, le 4 mai, sur la place Haymarket. Les forces de l’ordre ouvrent le feu sur la foule, faisant plusieurs mort·es et blessé·es. Cet événement tragique marque profondément l’histoire du mouvement syndical et contribue à faire du 1er mai une journée internationale de lutte pour les droits des travailleur·euses. Grâce aux luttes du mouvement ouvrier et à la grève, nous bénéficions aujourd’hui de la journée de huit heures. 

Encore aujourd’hui, la grève demeure un outil essentiel pour établir un rapport de force face aux employeurs et améliorer nos conditions de travail.

6) Faire front : le communautaire s’éveille et commence à grogner

Petit frère pauvre du secteur public, mais aussi sous-financé, en sous-effectif et surchargé, le milieu communautaire commence à montrer des signes de colère et à s’activer. Déjà au printemps 2024, plus d’une centaine d’organismes se mettaient en grève durant la campagne « Écœuré-es d’être méprisé-es » un peu partout au Québec. Cet automne, ce sont plusieurs dizaines d’organismes qui ont fait la grève à Shawinigan pour dénoncer les piètres conditions de travail des équipes d’intervention et le sous-financement qui affecte durement les services aux populations d’une région historiquement précaire. En trame de fond, des réflexions sont également en cours dans le milieu des groupes en défense collective des droits pour voir si une grève pourrait être envisagée dans un avenir rapproché. 

Il suffit que les différents secteurs, soit communautaire, santé et éducation, joignent leurs forces pour espérer créer un momentum avec des perspectives intéressantes!

7 ) Vers la grève sociale

Organisons la grève sociale! Mobilisons-nous et construisons un rapport de force capable de faire reculer ce gouvernement, en envoyant un message clair : nous ne laisserons pas détruire ce que nous avons mis des décennies à bâtir. Le gouvernement veut nous museler avec la loi  14 en limitant le droit de grève. Reprenons ce moyen d’action, comme l’a fait le mouvement ouvrier lorsqu’il s’est battu pour la semaine de 40 heures. Ce n’est pas au patronat ni au gouvernement de nous donner la permission de faire la grève. Aucun compromis n’est possible. 

Vive la grève, vive la grève sociale!

Appel à la grève sociale

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